Façonner des paysages régénératifs pour préserver le vivant !
Interview d’Antoine Talin, fondateur des Alvéoles
Architecte du paysage et permaculteur, Antoine Talin a fondé en 2012 Les Alvéoles, un centre de formation et d’ingénierie de projets agroécologiques. Spécialisé dans le design de paysage régénératif, Antoine Talin est convaincu qu’il est possible de se mettre au service du vivant et d’aller dans son sens en cultivant des systèmes vertueux favorables à l’harmonie entre la nature et celles et ceux qui l’habitent…
Vous dites que « la nature est votre école de vie »… Pourquoi ?
J’ai grandi à la campagne, sans limites ni barrières, passant tout mon temps libre à jouer dans les ruisseaux et à grimper dans les arbres. Puis, à l’âge de dix ans, tout a changé lorsque j’ai déménagé dans un appartement HLM à Grenoble… Et même si je me suis adapté à la vie urbaine, au fond de moi, ces journées passées dans la nature me manquaient énormément… Avec le recul, je pense que tout cela a influencé mon parcours.
D’où vient votre passion pour le paysage et l’agroforesterie ?
Je crois que c’est avant tout la diversité du vivant et l’ingéniosité des dynamiques qui l’animent qui me passionnent. Penser le paysage, pas seulement d’un point de vue esthétique, mais dans une approche écosystémique qui tienne compte de toutes ses fonctions, c’est pour moi une manière de se mettre au service du vivant.
Le modèle du jardin nourricier multi-étagé (depuis la strate souterraine jusqu’à celle de la canopée) reproduit le modèle d’une forêt naturelle en intégrant des espèces comestibles. L’agroforesterie permet de répondre aux besoins de l’humain, de la faune et de la flore, tout en favorisant la robustesse des cycles naturels de l’eau et du sol.
Qu’est-ce qui vous a conduit à créer Les Alvéoles ?
Après des années de voyages et d’expériences professionnelles variées, j’ai repris des études dans le domaine de l’ingénierie du paysage, tout en travaillant au rayon pépinière d’une jardinerie botanic® de Haute-Savoie ! Diplôme en poche, j’ai supervisé en 2009 la création du Jardin des Cairns, un projet de jardin agroécologique collectif à Grenoble. Cette expérience m’a fait découvrir la permaculture, mais aussi la force du collectif. Je me suis alors formé à la permaculture, puis j’ai eu envie d’accompagner la création d’autres jardins de ce type… C’est pour cela que j’ai créé les Alvéoles !
Depuis sa création en 2012, la structure s’est beaucoup développée. Quelles sont les activités des Alvéoles aujourd’hui ?
Nous sommes installés à Cobonne, dans la Drôme, où nous disposons de 3 hectares de terrain et de 12 hectares de forêt. L’équipe de passionnés compte 13 salariés et de très nombreux bénévoles. Nous menons plusieurs activités : la formation (pour les particuliers et les professionnels, en ligne et en présentiel) et l’accompagnement de porteurs de projets agroécologiques nourriciers, la recherche appliquée et l’expérimentation dans nos jardins agroforestiers, et la production avec notre micro-pépinière associative.
Quels sont vos liens avec le Groupe botanic et le Fonds de dotation ?
Notre relation de collaboration est forte, car nous partageons des valeurs essentielles et l’envie de travailler dans le temps long. Nous formons les collaborateurs de botanic® dans le cadre du programme Jardin de Demain. Nous sommes également impliqués dans les ateliers pédagogiques pour les clients sur la biodiversité au jardin et la création de guildes fertiles grâce au Kit Caragana (160 fiches pour concevoir un jardin agroforestier).
Nous sommes aussi liés au Fonds de dotation botanic, qui contribue depuis 2025 à financer notre programme de recherche et développement « Graines d’avenir ». L’objectif est d’explorer de nouvelles méthodes de semis direct d’arbres et d’arbustes pour restaurer durablement les haies et les corridors écologiques.
L’impact des changements climatiques, et notamment sur la biodiversité, vous alarme-t-il ?
Je ne suis ni confiant ni inquiet face à l’avenir… Je fais ce que je peux en cultivant les paysages régénératifs de demain pour qu’ils soient un peu plus adaptés et plus résilients, et en transmettant mes savoir-faire. Pour moi, le vrai moteur du changement, c’est notre envie partagée de préserver et d’améliorer notre qualité de vie. Il faut envisager les transitions comme des projets réjouissants et imaginer ensemble comment faire plus et mieux avec moins, à l’échelle individuelle comme à l’échelle de la société.