Pourquoi l’arbre est-il un pilier de l’équilibre du cycle de l’eau ?

L’arbre et l’eau entretiennent une relation étroiteessentielle pour l’un comme pour l’autre. Malmenée par les conséquences du changement climatiquela fluidité de leurs échanges reste pourtant indispensable à l’équilibre de la planète et aux sociétés humaines.  

Comme tous les êtres vivantsl’arbre a besoin d’eau pour sa survie », rappelle Gilles Van Peteghem, ingénieur forestier et ancien responsable de l’ONF en Eure-et-Loir. Les racines de l’arbre puisent dans le sol l’humidité nécessaire à ses fonctions vitales.  

L’eau assure en effet le transport des minéraux pour sa croissance : azote, phosphore, potassium… Elle contribue aussi à la réussite de la photosynthèse, ce processus par lequel l’énergie du soleil transforme l’eau (H20) et le CO2 en matières carbonées et dioxygène, telles que la cellulose et la lignine, composantes du bois. Il faut bien comprendre que le dioxygène rejeté dans l’atmosphère provient de l’oxygène de deux molécules d’eau et non pas de destruction du CO2. Enfin, l’eau aide au maintien de la structure des cellules des végétaux, depuis les racines jusqu’à la pointe des feuilles.  

 

Menaces climatiques

Ces feuilles restituent ensuite une partie de cette eau à l’atmosphère : c’est l’évapotranspiration, qui permet à l’arbre de réguler sa température.

Reproduit à l’échelle d’une forêt, ce mécanisme agit aussi sur la formation des nuages et le régime des pluies, et donc à la préservation du climat. « Toutefois, les épisodes répétés de sécheresse perturbent cette relation et dégradent l’état sanitaire de nos forêts », indique Gilles Van Peteghem. 

En situation de stress hydrique, l’arbre met en place un système de “survie”. « Pour éviter une évapotranspiration trop violente, il ferme les minuscules orifices sur la face inférieure des feuilles, les stomates, qui permettent l’entrée du COet la sortie du dioxygène. Cela conduit à l’arrêt de la photosynthèse. Mais, si l’évapotranspiration est trop intense avant la fermeture des stomates, il se produit alors une rupture dans les vaisseaux qui apportent la sève brute (eau + sels minéraux) au niveau des feuilles. Le phénomène de cavitation qui s’ensuit est l’équivalent de l’embolie chez l’humain : l’arbre peut perdre une partie de ses branches, voire davantage. »

Un système de purification naturelle

Si les arbres dépendent de l’eau, l’inverse est aussi vrai ! En favorisant l’infiltration de l’eau de pluie dans le sol, les racines fonctionnent comme des systèmes de stockage qui rechargent lentement les nappes phréatiques et freinent le ruissellement. L’eau est filtrée par les différentes couches de terre qu’elle traverse, ainsi que par les micro-organismes du sol (bactéries, champignons…) associés aux racines. Ce faisant, les arbres améliorent ainsi la qualité de l’eau, limitant le transfert des polluants dans certaines régions, notamment celles exposées aux excès de nitrates. « En Eure-et-Loir, par exemple, les communes qui n’ont pas de soucis de qualité des eaux distribuées sont celles qui bénéficient de captage d’eau potable située sous les massifs forestiers », observe Gilles Van Peteghem. 

L’importance des arbres dans la protection de la ressource en eau est donc essentielle. « On estime aujourd’hui que les milieux forestiers permettent de préserver la qualité de la ressource en eau potable et d’éviter l’installation de coûteux systèmes de traitement de l’eau », note l’ingénieur forestier.  

Le rôle de la forêt face aux risques naturels

La contribution de la forêt à la réduction des risques naturels, notamment en montagne, n’est plus à démontrer, que ce soit pour l’infiltration rapide des eaux de ruissellement dans le sol ou pour réduire les phénomènes d’érosion gravitaire. Gilles Van Peteghem indique qu’une étude européenne sur l’ensemble de l’arc alpin (RockTheAlps) démontre qu’un arbre sur quatre de l’espace alpin doit être considéré comme un ouvrage de réduction des risques naturels.  

Préserver la qualité de nos forêts

« Il est essentiel d’œuvrer en faveur de forêts de qualité et résilientespeuplées d’essences diversifiées et adaptées aux conditions locales en fonction des évolutions de notre climat, plaide Gilles Van Peteghem. Ce n’est pas à nous d’adapter nos forêts aux besoins de l’industrie, mais plutôt, par notre intelligence collective, de mieux utiliser ce que nos forêts mettent et mettront à notre disposition. La maxime du forestier est simple : imiter la nature hâter son œuvre ! »  

Gilles VanPeteghem est représentant de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) au comité d’orientation Forêts d’Exception® et vice-président de l’associationArbres28 & Environnement.  
Il est coauteur, avec Daniel Perron, du livre Penser forêt, édition de l’Aube (2023).